5 questions à Johanna Köb
— Fondatrice d’Ecstatic Dance Zurich —
Septembre 2026
Johanna Köb est la fondatrice d’Ecstatic Dance Zurich. Dans cet entretien, elle explique ce qui distingue la danse libre des autres formes de mouvement, ce qui se passe au moment où les gens lâchent prise – et ce qui, selon elle, fait qu’un espace commun se réalise.
« Qu’est-ce qui t’a personnellement amenée à l’Ecstatic Dance – et qu’est-ce qui te fait y rester jusqu’à aujourd’hui ? »
Dès le début, j’ai été touchée par la possibilité de me reconnecter pleinement à moi-même à travers le corps. J’ai toujours senti que le mouvement pouvait changer quelque chose en nous – mais avec l’Ecstatic Dance, j’ai découvert à quel point cela pouvait être profond lorsqu’il n’y a ni chorégraphie, ni attentes, ni « bien » ou « mal ».
Pour moi, l’Ecstatic Dance est un espace où je peux me redécouvrir sans cesse. Parfois, la danse est sauvage et extatique, parfois tout à fait calme. Tout a sa place.
Nous avons plus que jamais besoin de tels espaces aujourd’hui : des espaces où nous n’avons pas à fonctionner, mais où nous pouvons simplement être.
Ce qui me motive encore aujourd’hui, c’est cette combinaison de liberté, de présence et de communauté. Et aussi le sentiment de pouvoir accompagner des personnes pour qu’elles retrouvent davantage confiance en leur propre corps et en leur propre expression.
« L’Ecstatic Dance est souvent décrite comme une méditation par la danse. En quoi diffère-t-elle des autres formes de danse – et que se passe-t-il dans le corps et l’esprit lorsque les gens bougent sans consignes ? »
Pour moi, la grande différence réside dans le fait que l’Ecstatic Dance n’est pas axée sur la performance ou un résultat précis. Il ne s’agit pas d’avoir l’air élégant, de maîtriser une technique particulière ou de suivre une chorégraphie. Le mouvement vient de l’intérieur.
Nous n’écoutons pas seulement la musique, mais nous écoutons aussi notre corps.
Lorsque nous cessons de réfléchir à la façon dont nous « devrions » bouger, quelque chose de très naturel peut émerger. Le corps commence à trouver son propre rythme. Nous pouvons relâcher les tensions, laisser libre cours à nos émotions et notre perception devient souvent beaucoup plus immédiate.
En même temps, la relation aux autres évolue également. Nous dansons ensemble, sans avoir à faire nos preuves les uns aux autres. Chacun et chacune dispose de son propre espace et, en même temps, un sentiment de connexion s’installe. C’est précisément là que réside pour moi la dimension méditative : nous sommes très éveillé∙e∙s, très présent∙e∙s et, en même temps, pleinement dans l’instant.
« Beaucoup de gens hésitent au début, car ils ont peur de danser librement devant les autres. Que constates-tu à ce moment où ils surmontent cette appréhension – et qu’est-ce qui les aide ? »
C’est en effet quelque chose que j’observe très souvent. Au début, beaucoup de gens arrivent avec une sorte d’observateur intérieur : « Comment est-ce que j’ai l’air ? Est-ce que je sais danser, au moins ? Que pensent les autres de moi ? »
Et puis, souvent, quelque chose de très beau se produit à un moment donné : la personne intérieure qui m’observe s’estompe. Peut-être d’abord juste un instant… puis de plus en plus longtemps. Le corps prend le relais, et le plaisir du mouvement devient plus important que la question de savoir comment on a l’air. Je trouve toujours très émouvant d’observer cette transition. C’est souvent comme un petit lâcher-prise du contrôle.
Ce qui aide surtout, c’est qu’il n’y a aucune attente dans l’Ecstatic Dance et que les règles de base – pas de parole, pas de téléphones portables – ne distraient pas. Personne n’est obligé∙e de danser. Personne n’est obligé∙e de ressentir ou de montrer quoi que ce soit de précis. On peut aussi simplement rester debout, s’asseoir, respirer ou faire de tout petits mouvements. Et bien sûr, la musique joue également un grand rôle : elle peut nous transporter dans un endroit où notre esprit n’arrive parfois pas à aller. De même, l’animateur ou l’animatrice crée dès le début un espace où chacun∙e se sent à l’aise et peut ainsi s’exprimer librement.
Nous créons un espace où les gens se sentent suffisamment en sécurité pour lâcher prise, l’espace d’un instant, de leur maîtrise de soi habituelle.
« Le festival réunit en un seul lieu la danse, la musique, le travail sur la respiration, le yoga et la communauté consciente. À ton avis, qu’est-ce qui fait qu’un espace commun se réalise ? »
Pour moi, un espace ne se construit pas uniquement grâce à un bon programme. Il naît de la qualité de la présence de toutes les personnes qui s’y rassemblent. Il est important pour moi que chacun∙e se sente accepté∙e – que la personne ait déjà une grande expérience du travail corporel ou de l’Ecstatic Dance, ou que la personne y participe pour la première fois.
En même temps, il faut des limites claires et des relations respectueuses entre les un∙e∙s et les autres. Pour moi, la liberté ne fonctionne vraiment que là où règnent également la sécurité et le respect mutuel. Lorsque cette base est en place, quelque chose de magique peut naître : les gens commencent à s’ouvrir, à entrer en contact les un∙e∙s avec les autres et à vivre une expérience communautaire sans pour autant devoir renoncer à leur individualité.
La solidarité, sans uniformité. La liberté, sans absence de limites. Et la communauté, sans se perdre.
« Que souhaites-tu personnellement pour l’avenir de l’Ecstatic Dance en Suisse – et que représente pour toi le Landguet Ried en tant que lieu du festival ? »
Je souhaite deux choses : d’une part, que l’Ecstatic Dance touche encore plus de personnes en Suisse tout en conservant sa qualité et son essence – qu’elle ne devienne pas simplement une tendance de plus, mais qu’elle reste un espace où chacun∙e peut se découvrir, découvrir son corps et découvrir les autres de manière directe.
D’autre part, que de plus en plus de personnes découvrent qu’elles n’ont pas besoin d’alcool ni d’autres substances pour se sentir libres, vivantes et connectées – que nous pouvons faire l’expérience de ces états à partir de nous-mêmes, grâce à la musique, au mouvement, à la respiration, à la voix et à la communauté.
Le Landguet Ried est pour moi un lieu tout à fait particulier à cet égard. La nature, l’espace et l’atmosphère créent une belle transition avec le quotidien.
On ne participe pas simplement à un événement, mais on entre, le temps d’un moment, dans un autre monde.
Et c’est exactement ce que je souhaite pour l’avenir : que l’Ecstatic Dance crée en Suisse des espaces où les personnes peuvent respirer, bouger, se connecter et peut-être se rapprocher un peu plus d’elles-mêmes.
Interview: Stefanie Weilenmann
Johanna et son équipe vous invitent au Festival Ecstatic Dance Switzerland, du vendredi 25 au dimanche 27 septembre 2026, au Landguet Ried – trois jours de danse, de musique, de respiration consciente, de yoga, de guérison par le son et de communauté consciente, au milieu de vastes prairies et de vieux arbres aux portes de Berne.
Envie de découvrir par toi-même ce qui naît lorsque liberté et connexion se rencontrent ? Tu trouveras ici tous les détails sur l’Ecstatic Dance Festival >>>
Johanna Köb est la fondatrice et organisatrice d’Ecstatic Dance Zurich. Depuis des années, elle crée des espaces dédiés à l’expression authentique, à la danse libre et à la communauté consciente – chaque semaine à Zurich et, désormais, au Landguet Ried avec l’Ecstatic Dance Festival Switzerland.